EHESS (Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales) - Paris

Graduate Student, Sociology

Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales

Thesis Title: Le rôle de la mémoire collective et sa différence de la connaissance historique, dans la construction de l’identité collective chez les arméniens en Turquie et en France, l’exemple des événements du 1915.

Hamit Bozarslan

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Mots clés : Construction de l’identité collective, connaissance historique, conscience historique, les arméniens en France et en Turquie, mémoires collectives.

PROBLEMATIQUE :

L’orientation de ma recherche aura pour principal objectif de décrypter la construction de l’identité collective arménienne en accentuant le caractère différent entre la connaissance historique et la conscience historique, qui nécessitera sans doute une fine analyse de la mémoire collective, notamment celle du génocide arménien.

Pendant cette recherche, en suivant les travaux de Maurice Halbwachs1, j’insisterai d’une part sur le lien existant entre l’identité collective et la mémoire collective, d’autre part sur la distinction entre la mémoire collective et la connaissance historique, en soulignant le caractère anhistorique de la mémoire collective, car en effet la mémoire collective réduit « les événements à des archétypes mythiques »2, elle nie le passage du temps et accepte une présence continue de l’événement.

En partant de cette approche, je mènerai une recherche comparative, en France et en Turquie, sur les jeunes arméniens de 17-25 ans, afin de montrer comment s’est réalisée la transmission de la mémoire collective entre les générations, ainsi qu’une refondation du soi collective après le génocide arménien.

L’intérêt de mener une recherche comparative entre les jeunes arméniens de la Turquie et de la France, résiste dans ma volonté de montrer « la fabrication et l’utilisation »  de la mémoire collective dans des différentes conjonctures importantes.
Ces conjonctures importantes se caractérisent de manières très différentes en Turquie et en France :

En Turquie :

Dans un premier il convient d’examiner la conjoncture en Turquie ; les politiques répressives envers les arméniens, l’enseignement de l’histoire officielle « turquifiée » en niant le génocide arménien, le tabou arménien,  ainsi que la montée du nationalisme turc créent le sentiment de pression importante chez les arméniens en Turquie. A tout cela s’ajoute l’assassinat de Hrant Dink le directeur de publication de l’hebdomadaire turco-arménien bilingue Agos, le 19 janvier 2007.

Après le génocide, les arméniens, à l’exception d’Istanbul, absents en Anatolie, se sont regroupés dans l’Arménie ex-soviétique et immigrés en Europe occidentale et en Amérique du Nord3. Aujourd’hui plus de 50 000 arméniens vivent en Turquie, spécialement à Istanbul4, cette communauté arménienne faisant l’objet de plusieurs appellations « les arméniens d’Istanbul », « les arméniens de Turquie », est concentrée de 99% à Istanbul.

Malgré l’existence de nombreux lycées arméniens en Turquie, rattachés au Ministère de l’éducation nationale turque, ces lycées suivent le programme scolaire déterminé par ce dernier. Le programme scolaire pour les cours d’Histoire proposé par le Ministère, est dans la continuation du système de dénégation du génocide arménien. Ces lycéens d’origine arménienne, dans leurs lycées, suivent l’historiographie officielle turque erronée. Comme le remarque Taner Akçam, les fondateurs de la République turque ont rigoureusement appliqué ce que disait Ernest Renan : « L'oubli et même l'erreur historique sont un facteur essentiel de la création d'une nation »5.  C’est à ce point là qu’une des curiosités de la recherche fait son apparition, l’apprentissage d’une histoire erronée à l’école aura-t-il un effet dans la construction et la transmission de la mémoire collective ? Comment construisent-ils leur identité collective ? Afin de pouvoir répondre à ces questions il sera nécessaire d’examiner la socialisation primaire et secondaire de ces jeunes en question, et d’en faire une analyse ainsi qu’une comparaison entre leur apprentissage historique à l’école et leur apprentissage historique au sein de leur familles (les phénomènes de transmissions entre générations), de leurs entourages amicales, sociales etc.

En France :

Les arméniens de France sont de grande majorité des descendants des rescapés du génocide de 1915. Même si nous pourrions parler de l’immigration des Arméniens en France dès le XIIe siècle, celle ci reste au niveau de l’immigration individuelle. C’est en 1922 que la grande migration aura lieu, une immigration collective de Turquie en France, entre deux guerres, ils s’installent à Paris, à Lyon et à Marseille, ainsi que dans certaines agglomérations6. 

En 88 ans, les arméniens immigrés en France ont fait la preuve d’une bonne intégration, toute une série de travaux examine la présence arménienne en France, notamment celui de Martine Hovanessian qui mène des recherches sur le regroupement communautaire et la localisation territoriale des arméniens en région parisienne et à Valence, elle remarque que les investigations de la communauté arménienne autour de la territorialité, leur permet d’avoir un espace d’identification devenant lieu-refuge. 

En prenant en compte cette intégration « réussie », la recherche ciblera les jeunes arméniens ayant suivi l’enseignement français, à la différence des jeunes arméniens de Turquie, un enseignement reconnaissant le génocide. Ainsi, la question que j’essayerai de répondre pendant la recherche sera la mise en place de l’identité arménienne en considérant l’enseignement français reconnaissant le génocide arménien. Pour ce faire, il sera indispensable d’examiner, comme chez les jeunes arméniens de Turquie, la socialisation primaire et secondaire des jeunes arméniens en France, dans ce but j’analyserai leur connaissances historiques et leur conscience historique et me plongerai à leur « travail de la mémoire » dans la fracture du génocide durant la construction de l’identité collective arménienne en France. Autant qu’en privilégiant l’analyse des préoccupations actuelles qui ont amenés la mémoire du génocide arménien en France car en suivant l’approche de M. Halbwachs, je pense que certaines préoccupations actuelles (présentes) déterminent ce dont on se souvient et comment on s’en souvient.

Dans le même ordre d’idée, il sera intéressant de tenir en compte le « mouvement arménien » existant depuis 1965 en France7, et d’un autre côté la question de la reconnaissance du génocide arménien, qui succède en France, en 2001, par l’adoption de loi relative à la reconnaissance du génocide arménien, qui a été un thème mobilisateur en France, lancé par le Comité de défense de la cause arménienne. 

METHODOLOGIE :

Dans la recherche la méthode qualitative sera employée, le choix que j’ai fait pour la méthode qualitative tient à l’origine mon ambition d’explorer avec les enquêtés, ce qui est le plus profond, le plus intime, ce qui me paraît impossible avec la méthode quantitative.

Plus spécifiquement j’envisage de réaliser des entretiens guidés, avec des questions formulées autour de grands thèmes mais qui ne sont pas structurées d’avance, pour laisser plus de liberté  aux enquêtés. Une grande place sera accordée aux récits de vie (des récits de l’histoire personnelle à l’histoire collective), de ce fait j’envisage un travail d’analyse de discours.

La recherche se veut une étude comparative, entre les jeunes arméniens de la Turquie et de la France, de ce fait je prévois de réaliser des entretiens avec 15 jeunes arméniens en Turquie et 15 en France. 

Face à l’une des plus grandes difficulté de la recherche ; le refus de s’en souvenir d’un massacre, d’une histoire triste, voire une certaine réticence face à une enquêteuse turque, la recherche m’exige non seulement de neutralité stricte dans la préparation, la réalisation et l’interprétation des entretiens, mais aussi un travail de « présentation de soi » en tant que chercheuse.

Le terrain :

la recherche se déroulera sur deux terrains : la Turquie et la France, plus spécifiquement à Istanbul et à Paris.  Du fait que les Arméniens sont un peuple opprimé et victime d’une injustice en Turquie, le terrain de la recherche sera difficile et conflictuel, qui me nécessitera un travail en tant que chercheuse, je dois me soumettre aux exigences d’un code spécifique. Il s’agira d’un travail d’objectivation et du mimétisme.

BIBLIOGRAPHIE : (consultée jusqu’à présent)

Maurice Halbwachs, « La mémoire collective », Paris, Presses Universitaires de France, 1968.
Vincent Duclert, « Les historiens et la destruction des Arméniens », in Vingtième Siècle, Revue d’histoire, 2004/1 no 81.
Anne et Jean-Pierre Mahé, « L’Arménie à l’épreuve des siècles », Gallimard, 2005.
Taner Akçam, « Genèse d’une histoire officielle, Le tabou du génocide arménien hante la    société turque », in Le Monde Diplomatique, Juillet 2001, p 20-21.
Taner Akçam, « Un acte honteux : Le génocide arménien et la question de la responsabilité turque », Denöel, 2008.
Martine Hovanessian, « Les arméniens et leurs territoires », Autrement, 1995.
Hrant Dink, « Deux peuples proches, deux voisins lointains. Arménie- Turquie », Actes Sud, 2009.
Peter Novick, « L’holocauste dans la vie américaine », Paris, Gallimard, 2001.
Dir. Denis Donikian, Georges Festa, « Arménie : De l’abîme aux constructions d’identité », l’Harmattan, 2009.
Gérard Chaliand, Yves Ternon, « 1915, le génocide des Arméniens », Complexe, 2002.

 

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